Depuis plus d'une heure se joue un drame sur scène : Othello, général Maure, est chargé de défendre Venise contre une menace d'invasion par les Turcs. Il enlève Desdémone, la fille du sénateur, et l'épouse secrètement. L'un de ses officiers déteste Othello et trame un plan diabolique : il va convaincre Othello que Desdémone le trompe. Dans tous les actes, on assiste aux états d'âme d'Othello qui se ronge le moral en se demandant s'il est vraiment cocu. Mais les acteurs jouent si mal à un point que la salle, surtout le poulailler, commence à s'agiter tandis que des mains plongent dans les paniers pour préparer le bombardement en règle de la scène.
- Assaouar quand c'est que ça va finir la putain, me lance un vieux monsieur en regardant sa montre qu'il vient de sortir de sa poche.
Soudain Othello découvre un mouchoir de Desdémone et cela suffit pour le persuader que sa femme le trompe. Il saisit alors Desdémone par le cou et il l'étrangle. A cet instant toute la salle se lève et applaudit avec frénésie car ils pensent que la pièce est terminée. Mais au poulailler, les spectateurs sont contents pour une toute autre raison :
- Métenant à peine, oh gougoutse, tu t'aperçois que t'ies cornard, crie un jeune spectateur.
- Si tu l'aurais tuée au premier acte, elle aurait fermé sa gueule au moins, ajoute un homme en regardant sa femme comme pour la mettre en garde.
Sur scène, Othello est abasourdi, tétanisé par ces répliques émanant des spectateurs. Totalement déstabilisé, il desserre l'étreinte de ses mains à la grande surprise de Desdémone qui, perdant l'équilibre, se ramasse une caplate et s'étale les jambes écartées sur la scène.
Othello en oublie carrément son texte et improvise :
- Et maintenant que vais-je faire ?, s'exclame-t-il en posant un genou à terre.
- Nique-la pendant qu'elle est encore chaude !, suggère un spectateur du poulailler.
Les éclats de rire qui fusèrent alors dans la salle mirent une fin à la tragédie qui pourtant n'était pas terminée puisque, dans l'œuvre de Shakespeare, Othello se suicide au dernier acte.
Ainsi, à Bône en ce temps-là, les spectateurs pouvaient influencer la fin d'une pièce de théâtre en faisant en sorte que l'amour ait son dernier mot, même au delà de la mort."
Cette histoire authentique est extraite du divertissement " Elle était Bône " ; les répliques sont de René Cousinier qui s'est inspiré de Louis Lafourcade ; le théâtre Tassy est plusieurs fois cité par Louis Arnaud dans son livre " Bône, son histoire, ses histoires ".
Mais tout ça mérite un bon coup de cidre, non ? Brua vous le tirade avec plaisir :
Episode two .
(Dodiez, marchand de brochettes place du gouvernement, reçoit un coup de soufflet, sur la tête, asséné par Gongormatz. Il prend sa savate pour taper sur Gongormatz, mais son vieux bras faiblit.)
Qué rabbia qué malheur pourquoi c'est qu'on vient vieux
Mieux qu'on m'aurait levé d'un coup la vue des yeux
Travailler quarante ans négociant des brochettes
Que toujours l'amateur chez moi y s'les achète
Pour voir un falampo qui me tape en dessur
Ac mon soufflet tout neuf qu'il est mort ça c'est sur
Ce bras qu'il a tant fait le salut militaire
Ce bras qu'il a levé des sacs de pom's de terre
Ce bras qu'il a gagné oui tant de barroufas
Ce bras ce bras d'honneur voila qu'il fait tchouffa