Alain Robbe-Grillet est mort.
On en a parlé dans les JT, rapidement, ou en une ligne dans la bande passante de LCI.
Il est mort le théoricien radical, le « pape du Nouveau Roman », genre qui n’a jamais réellement existé hors de ses frontières tranquilles pour journalistes peu inspirés et critiques frileux, bien au chaud derrière des catégories trop sûres.
Ces mêmes journalistes qui n’ont cessé de claironner hier que Robbe-Grillet avait été élu à l’Académie Française sans jamais prononcer son discours d’investiture et donc sans jamais siéger sous la Coupole, sans dire pourquoi, sans se demander en quoi cette oblicité, ce détour étaient symptomatiques d’une œuvre classée comme sérieuse, sévère alors qu’elle est machiavélique, sulfureuse et dérangeante.
L'embaumé théoricien fut aussi cinéaste, photographe, n’ayant de cesse de rendre hommage au corps de sa femme, Catherine, « maîtresse » au sens SM du terme, sous le nom de Jeanne de Berg. Plus qu’un théoricien, Robbe-Grillet était un irréductible pourfendeur des formes établies, aussi bien esthétiques que morales. Un homme de combats.
Et cela m’irrite à chaque fois qu’un grand nom meurt : qui a lu Robbe-Grillet ? qui connaissait son œuvre ? les happy few ? pourtant on en parle, on parle pour ne rien dire, surtout, pour masquer l'ignorance et l'indifférence. Certes on connaissait son nom, devenu un véritable étendard, il était, comme l’écrit Libération, sous la plume de Claire Devarrieux, citant Andy Warhol, « connu pour sa célébrité ». Qui avait lu autre chose que son nom ?
Voyageur et voyeur, Robbe-Grillet a traversé les formes et les poétiques, comme il a revisité la grammaire, dans son texte le plus accessible, Djinn (1981), roman des romans et des temps possibles.
Son regard était non celui d’un maître de la description minutieuse au sens traditionnel du terme, non celui d’un chantre des correspondances mais celui, comme l’a magistralement montré Barthes, de la « résistance optique ».
1. Groopynat Le 20/02/2008 à 22:29
2. Guigue Le 20/02/2008 à 23:01