J’avoue d’entrée que je ne comprends rien à
Ce matin, un employé aux écritures m’a appelé, alors que je dormais encore du sommeil du juste à temps pour ne pas être en retard au bureau. Le résultat ne s’est pas fait attendre : entre ma mauvaise humeur habituelle au réveil et le fait que la caféine n’avait pas encore produit sur mon être ses effets bienfaiteurs, je suis tenté de l’envoyer ballader. De ballade, chanson, parce que je suis au Crédit Agricole et publivore.
Non mais, pour qui se prend-il ce commis aux signes moins ? Cet agent de mon trésor durement gagné, ce comptable de mes opérations en numéraire ?
J’ai le réveil douloureux à l’entendre. Je me lève d’un pas mal assuré, comme peut l’être mon argent, par ces temps de crises de bénéfices, de Charybde et Scylla des cours de bourse. Il me dit tout à trac, avant même que la capsule de robusta ne délivre son sésame pour la remise en route matinale et quotidienne, que j’ai un problème de couverture…
Je lui réponds que tout va bien, que par ailleurs je dors dans une couette, et que je ne saisis pas le sens de sa phrase, ni le pourquoi du comment de son intérêt à mon endroit. Quand bien même les nuits seraient fraîches, je lui fais remarquer que ce n’est pas son problème si je m’enrhume nuitamment parce que j’ai mal tiré la couvrante…
Il me répond qu’il ne comprend pas.
Je lui dis qu’il est indiscret.
Il me dit que ce n’est pas son intention.
Je lui dis que pour cette fois, ça ira.
Il reprend.
Selon lui, j’ai trop d’argent sur mon compte, il serait judicieux d’en mettre un peu de côté, en bourse par exemple, mes opérations débitrices sont surveillées de près, et l’inactivité de mon compte les préoccupe. Je comprends à son ton qu’il me menacerait presque si je ne solutionne pas cette situation dans les meilleurs délais.
Silence dans l’écouteur. J’écoute. Rien. Je pense un instant être en ligne avec le Commandant Cousteau filmé par Louis Malle. C’est un monde. A la deuxième gorgée de café, mon cerveau me rappelle que ledit officier de marine est décédé il y a bien longtemps, et que donc c’est impossible.
Je questionne le guichetier en ligne. « Quel est le problème ? ».
Il me réplique enfin : « vous n’êtes pas sans savoir qu’actuellement, la crise financière mondiale impacte fortement notre structure, et nous sommes obligés de prendre des mesures draconiennes et drastiques pour alléger le poids des frais financiers supportés par notre structure. »
Je lui réponds qu’il y un pléonasme dans son argumentaire. Et que ses élucubrations mathématiques heurtent ma culture syntaxique.
Il ne relève pas.
Il poursuit. « Vous voyez, je vais être franc avec vous, vous n’êtes pas un client intéressant, vous n’avez jamais de découvert, vous n’avez aucun prêt en cours, vous n’avez pas de Livret A, vous ne répondez jamais à nos sollicitations pour ce qui est de souscrire des options de services. Pire, vous n’avez aucune action, et encore moins d’obligation. »
Je lui dis que si je n’ai aucune obligation, je ne lui dois rien alors ?