« Parallèlement à ce monde, il en existe un autre.
Certains endroits sont des points de passage »
L’épigraphe de L’Histoire de l’oubli fonctionne comme une antienne, un retour musical et lancinant, venant mettre en lumière la structure particulière de ce roman, construit autour de plusieurs mondes, de plusieurs perceptions du réel, emmêlées, tissées, venant trouver une unité, de fil en fil, de narration en narration.
Stefan Merill Block souligne lui-même la dimension musicale de son texte sur son site internet, revenant sur la genèse et la composition de son roman : « I think that, for this book, devising the narrative structure was sort of like playing a chord of music » (http://www.stefanmerrillblock.com/bio/origin.html).
Histoire de l’oubli juxtapose le récit d’Abel Haggard - paysan texan, 68 ans -, celui de Seth Waller, adolescent de 15 ans, l’histoire d’Isidora - « une terre sans mémoire, où chaque désir et exaucé et chaque peine oubliée », toujours en italiques - et une Histoire génétique, en cinq parties.
Le roman se structure autour de ces quatre narrations alternées, deux en focalisation interne (le « je » d’Abel, celui de Seth), deux en focalisation externe (Isidora, l’histoire génétique). Au centre de ces récits, la maladie d’Alzheimer, malédiction familiale, dans sa variante EOA-23, causée par une anomalie sur le chromosome 14. Il y aurait une origine génétique commune à tous les malades de cet Alzheimer précoce, - Angleterre, XVIIIème siècle, Lord Alban Mappelthorpe, puis sa descendance « disséminée à travers le monde civilisé comme du pollen porté par une forte brise - comme le découvre peu à peu Seth, dévorant des ouvrages scientifiques, enquêtant ; une anomalie, une dégénérescence, sans doute, une fatalité, la vie « lasse de copier et recopier éternellement, et procédant à de petites innovations », et ce génome qui ressemble à « la fermeture Eclair d’un blouson remontée un peu trop vite à l’occasion d’un courant d’air et dont les dents ne sont pas tout à fait imbriquées correctement, mais qui – à dater de cet instant – ne pourra plus jamais être décoincée ».
Seth découvre cette « bombe neurologique à retardement » avec la maladie de sa mère et n’a de cesse de découvrir les secrets de son histoire, familiale et génétique, malgré ses silences, ses oublis volontaires et d’autres liés à son mal. Elle chute, lourdement :
« Plus je grandissais, m’instruisais, devenais adulte, plus ma mère baissait, oubliait, agissait comme une enfant. S’il n’y avait pas eu ce bruit atroce sous le palier, qui sait au bout de combien de temps nous aurions pris conscience que ses bizarreries n’étaient pas de l’excentricité mais les symptômes d’une maladie génétique, neurologique, dévastatrice ? »