La Vie intérieure de Martin Frost (Paul Auster)

Le texte de La Vie intérieure de Martin Frost est en soi un roman : il est d’abord un film fictif, imaginé, décrit en une trentaine de pages dans Le Livre des illusions (Actes Sud, 2002 ; Babel, 2003), attribué à un virtuose du cinéma muet, Hector Mann, sur lequel enquête le héros du livre, David Zimmer. Et il devient un scénario, mis en scène par Paul Auster (le film est sorti en France en novembre 2007).

Ce scénario paraît aujourd’hui dans la collection de poche des Editions Actes Sud, Babel, précédé d’un entretien avec Céline Curiol, daté d’août 2006, dans lequel Paul Auster revient sur la genèse particulière de ce texte, les difficultés pour monter le film, l’aide providentielle de Wim Wenders ou son propre rapport de romancier au cinéma qu’il considère comme une « extension » de son travail de conteur. Il y commente également le registre particulier de ce texte, entre drame et comédie, l’humour lui semblant indispensable pour rendre accessible « l’histoire d’un homme qui écrit l’histoire d’un homme qui écrit une histoire »… Il s’attarde surtout sur ce thème central, obsessionnel de son œuvre, le danger de la création, citant Louis-René des Forêts, auteur d’un long poème narratif dans lequel il évoque un enfant mort. Peu de temps après, un de ses enfants se noie, détournant des Forêts de l’écriture pour des dizaines d’années (Auster en parle également dans La Nuit de l’oracle, 2004). C’est dire la place centrale de La Vie intérieure de Martin Frost dans l’œuvre d’Auster : par son sujet, par la reprise d’une séquence du Livre des illusions, par son statut formel, entre roman et cinéma.

Martin Frost, écrivain, s’échappe de New York et trouve refuge dans une maison isolée dans les bois que lui prête un couple d’amis, Jack et Diane Restau. Il n’a d’autre projet que de « vivre la vie d’une pierre ». Pourtant il commence assez vite à écrire sur une vieille machine Olympia. Une nuit il découvre une femme dans son lit qui se fait passer pour la nièce de ses amis. Claire Martin aurait été invitée dans cette maison pour travailler tranquillement à sa thèse de philosophie. Les deux personnages cohabitent un moment, Martin écrit. Claire lit Berkeley, Kant. Ils s’attirent, se séduisent, finissent par s’aimer. Mais Claire dépérit à mesure que Martin avance dans son récit. Elle n’est par ailleurs pas la nièce des hôtes de Martin mais porteuse d’un mystère, d’un secret. Elle est une « énigme », celle que le texte dévoile peu à peu, pour mieux l’épaissir. Lorsque Martin achève son récit, Claire meurt. Martin jette son manuscrit au feu, cherchant coûte que coûte à reconquérir. On croisera également dans cet univers étrange un réparateur de chaudières écrivain à ses heures, Fortunato, ainsi qu’une femme étrange, à la voix exceptionnelle, Anna.

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© Christine Marcandier et Dominique Bry - 2008/2009 – Tous droits réservés – Reproduction interdite sans accord des auteurs.

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