Seul dans le noir - Paul Auster

Quelles sont les responsabilités de l’Amérique contemporaine face à l’histoire ? Quelle est cette inquiétante étrangeté que découvre le rêve, quels territoires la fiction permet-elle d’affronter ? ces interrogations labyrinthiques tissaient déjà Dans le scriptorium de Paul Auster (Actes Sud, 2007), roman qui s’ouvrait sur l’éveil d’un homme, désorienté, dans une chambre inconnue, « son esprit est ailleurs, à la dérive parmi les créatures qui hantent son imagination tandis qu’il cherche une réponse à la question qui l’obsède ».

Seul dans le noir (Actes Sud, 2009) retrouve les interrogations fondamentales de Dans le scriptorium. Double voyage, dans l’imaginaire et dans une autre Amérique, le roman se demande ce que seraient les USA sans le 11 septembre, si la guerre en Irak n’avait pas eu lieu… dans un emboîtement de récits constituant un complexe jeu de miroirs, de correspondances. De la spécularité, du vertige comme mode de pensée et d’écriture, de réflexions…

Le narrateur, August Brill est un critique littéraire à la retraite, couronné par le Prix Pulitzer de la critique en 1984, ancien directeur littéraire du Boston Globe, auteur de plus de 1500 articles. Le roman se déroule en une nuit, suivant les rêves et cauchemars, les flux de pensées d’un être en plein désarroi, hanté par les morts (celle de sa femme, Sonia, celle du fiancé de sa petite fille, Titus), les pertes, les deuils, les violences du quotidien. Paralysé après un accident de voiture, insomniaque, August crée un monde, « seul dans le noir », comme l’énonce l’incipit du roman :

 

« Seul dans le noir, je tourne et retourne le monde dans ma tête tout en m’efforçant de venir à bout d’une insomnie, une de plus, une nuit blanche de plus dans le grand désert américain » (I am alone in the dark, turning the world around in my head as I struggle another bout of insomnia, another white night in the great American wilderness).

 

Seul dans la nuit, immobilisé, August Brill se laisse aller à ses pensées. Installé dans le Vermont, chez sa fille qui ne parvient pas à guérir de la douleur de son divorce, lui-même en plein deuil de son épouse Sonia, son « omniprésente absente », comme sa petite-fille Katya qui se sent responsable de la mort de son fiancé Titus en Irak, parce qu’elle venait de le quitter, il vit cette nuit de solitude comme « la Nuit de la Vérité au Château Désespoir », comme le dit Katya.

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© Christine Marcandier et Dominique Bry - 2008/2009 – Tous droits réservés – Reproduction interdite sans accord des auteurs.

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