Quatre saisons dans la campagne anglaise : un cottage, une hôtesse et épouse dévouée, des écrivains en quête d’inspiration et de muse, une ombre sensuelle. Celle de Tamara Drewe. Par Posy Simmonds.

Pour ceux qui ne la connaissent pas, Tamara Drewe est un strip hebdomadaire paraissant dans le Guardian, dont Posy Simmonds est depuis 1977 la dessinatrice vedette. En 2001, le public français avait découvert son talent avec Gemma Bovery, adaptation libre de Gustave Flaubert en Normandie et à l’anglaise. Posy Simmonds revient avec une graphic novel inspirée de Thomas Hardy (Loin de la foule déchaînée), encensée par Tom Wolfe.
Tamara Drewe est un roman graphique, racontant une histoire complète, à l’intrigue pleine, aux personnages fouillés, à mi chemin entre le roman et la bédé. Le genre s’est développé ces dernières années, surprenant dans sa lecture comme dans le traitement des intrigues et les thèmes abordés, plus modernes, en prise avec la réalité.
Le nouvel album – mais peut-on réellement parler d’album de bédé ? – de Posy Simmonds met en scène une retraite d’écrivains, lieu d’inspirations et de réflexions, un trio de narrateurs, des personnages secondaires, seconds, une figure centrale, Tamara.
La lecture défile comme on visiterait la lande en Cornouailles. Le regard tour à tour attiré par le classicisme et le réalisme des dessins, par les dialogues précis, par la romance qui s’écrit en marge des strips et des cases, en parallèle des bulles. La découverte est d’autant plus déroutante que Posy Simmonds y ajoute une dimension : la mise en abyme de son personnage principal, par l’insertion de coupures d’articles écrits par l’héroïne éponyme. Par l’auteur elle-même ? La tentation de la confusion est intéressante. Tamara Drewe est un livre choral, aux voix dissonantes, en apparence du moins, avec sa théâtralité, nom des personnages devant chaque monologue, pensées et les fulgurances qui permettent de mieux saisir la complexité des rapports qui les lient, en face des scènes d’expositions, en marge de l'histoire. En marge des intrigues, devrait-on dire, tant le canevas et les ressorts scénaristiques sont nombreux. Pour mieux perdre le lecteur et le ramener à l’essentiel : les rapports humains au centre de cette histoire d’une femme venue perturber (malgré elle ?) la relative tranquillité de cette pension calme en apparence, reculée, propice à la création. Loin de tout.