Les Loridomi emménagent

Non, il ne s'agit pas de notre dernière visite au salon de l'électroménager, où nous aurions croisé un aspirateur dernier cri ou un rase-castor de compet'. D'ailleurs, comme je l’ai déjà écrit, quand le gars a dit à la fille "j'emménage", il n'était pas question qu'il le fasse (le ménage).

Lorsque le gars a décidé d'emménager, donc, il a emporté le principal : lui. Le reste est resté dans sa tanière de longues semaines, sous divers prétextes : Gérard n'était pas libre, le gars avait oublié d'appeler le loueur de camions - ou il espérait que la fille le fasse, sans doute -, c'était la coupe du monde de rugueby© et puis y'a pas le feu au lac... la fille faisait du shopping avec Martine.

Du coup, il a déménagé en plein pendant les grèves de novembre. Pratique… ! Ceci dit, ça permet d’éviter les pointes de vitesse sur le périphérique en 23m3. Et de se reposer entre la phase « j’entasse les meubles et les cartons dans le camion » et « j’entasse les meubles et les cartons dans le hall, dans l’ascenseur, sur le palier et dans l’entrée de l’appart ».

Et ça permet à la fille, pendant que le gars maudit les bouchons, de réfléchir pesamment à la meilleure manière d’annoncer à son mec que son poster de singe gardien de but ne franchira pas la porte de leur home sweet home, sans passer pour une mégère. Sans, surtout, qu’il se dise intérieurement que la fille n’avait été magnanime et cool jusque-là que pour mieux l’attirer dans ses pénates… avant de se révèler sous son vrai visage.

Autant attaquer les hostilités dans les bouchons, se dit la fille, comment le gars pourrait-il fuir sur un périph bondé, même Ada da… ? elle annonce le carton rouge pour le singe, au profit du Carré blanc sur fond blanc, le gars ne pense pas immédiatement Velléda mais plutôt film X, approuve, et voilà une bonne chose de faite… Le gars se dit qu’en plus, il a de la chance, on est samedi et qu’il a déjà pensé à transférer son abonnement…

Mais revenons au début de cette sublime matinée de novembre… les copains arrivent, jaugent discrètement les biceps des uns et des autres, tâche ardue sous les doudounes d’hiver, la fille constate avec un plaisir certain qu’elle est la seule fille, avec un peu de bol les garçons seront galants, elle ne portera rien…

On commence par le café, on papote, assis sur les cartons, on rigole, avant de se souvenir qu’on est là, aussi, pour autre chose. Le gars prend les choses en main, debout dans le camion, il organise le chargement, on croirait une hôtesse de l’air indiquant les issues de secours dans un avion avant le décollage, donne des ordres, vocifère, exige que tout soit rangé au cordeau… et ne porte RIEN.

A croire qu’il a été un compas dans une vie antérieure, ou un double décimètre.
Pliée en deux de rire (non sous la charge, les garçons sont galants mais de rire), la fille fait sa fille et exige qu’on respecte une certaine harmonie dans le rangement, NON pas le canapé rouge à côté de ce machin rose, ça détonne !!!!!!!!

Elle est obsédée par le ficus, qu’elle tient absolument à préserver d’une mort certaine sous l’armoire Ikea (le gars n’est pas Normand) et finit par boire un nouveau café dans l’ex-appart de son gars, en soupirant de nostalgie, en repensant à la première fois qu’elle a franchi ce seuil.

Une ou deux heures après, le camion est plein,... c'est-à-dire à moitié vide, le gars râle un peu, c’est évidemment la fille qui avait fini par appeler le loueur en catastrophe, et franchement un 23m3, c’était pas un peu beaucoup ???? La fille boude. Au moins, elle se tait. Et toc !

La Nespresso est la dernière à quitter l’ex-studio du gars, et elle entrera en premier, en grande pompe (mais non chaussée) dans le nouveau home sweet home du gars et de la fille, après un transport confortable sur les genoux du gars qui n’a pas voulu s’en séparer. Ils en auront deux désormais ? et alors ?? la fille ne dit rien, elle concentre ses forces pour la bataille anti poster simiesque. Il faut hiérarchiser les problèmes.

Le transport dure deux heures de plus que prévu mais la joyeuse troupe arrive enfin en bas de l’immeuble du gars et de la fille.
Force est de constater que le 23m3 bloque encore plus sûrement la petite rue que la sardine le port de Marseille. Nouveaux sarcasmes du gars. La fille boude. Au moins, elle se tait. Et toc !

Gérard prend les choses en main et bloque le bout de la rue d’une poubelle verte de la Ville de Paris. Les automobilistes, gentils, changent de chemin. Les voisins, débonnaires, sortent de leur voiture pour déplacer la poubelle, entrer dans la rue et remettre la poubelle en place. La joyeuse troupe sourit. On se croirait presque dans une pub Ricoré.

Gérard, toujours lui, décide de s’occuper des cartons, pendant que les autres vident le camion, sous les ordres du gars… Il porte, ahane, sue, empile dans l’ascenseur, revient, emporte, empile, pile et colle et gramme, agrémente le dernier chargement du ficus et d’une ou deux étagères. Il déclare que l’étage est plein et qu’il faudrait lui ouvrir la porte de l’appart. Le gars et la fille constatent avec stupeur que le palier est vide... !
Tout est en fait deux étages plus haut… au moins, la prochaine fois qu’il viendra, Gérard se souviendra que les Loridomi habitent au 3°…

Il redescend son chargement en pestant - avant de se venger en intervertissant tous les paillaissons de l'étage, il est joueur, ce Gérard ! - pendant que le reste de la bande boit un café et que le gars tente vainement de faire entrer le 23m3 dans une place qui serait même un peu étroite pour une mini…

Le gars se dit qu’il est temps de conseiller à la fille de consulter un ophtalmo.
La fille se dit qu’il faudrait sans doute que le gars repasse son permis.
Le gars finit par abandonner son char dans un couloir de bus, et tout le monde se retrouve autour de pizzas et bières variées.

Les discussions du matin reprennent, le temps passe, les meubles et les cartons restent entassés, on verra bien demain, y’a pas le feu au lac…
 
Puis les potes (l’inévitable Gérard… Bernard et Hervé), partent bras (endoloris) dessus dessous, le meilleur ami de la fille véhiculant le meilleur ami du gars. S’étant rencontrés pour la première fois en ce jour d’emménagement, ils sont devenus amis en portant à deux l’armoire la plus lourde dans l’escalier de l’immeuble et en moins de temps qu’il n’en faut pour monter des meubles au mauvais étage...
 
Le camion rentre au port, et le gars et la fille regardent béatement leur home sweet home depuis le canapé, heureux du bordel ambiant, main dans la main…
Quand va-t-il remonter les meubles ? se demande la fille.
Quand va-t-elle me demander de remonter les meubles ? se demande le gars.

 

© Loridomi - 7 Janvier 2008

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