Glooscap (Alain Bublex 1)

A quoi bon bouger quand on peut voyager si magnifiquement sur une chaise ?(Huysmans, A Rebours)

Je ne résiste pas à la tentation…
de vous présenter le projet d’un artiste contemporain que j’admire et adore (mais c'est un autre sujet), Alain Bublex (né en 1961), trop peu connu encore, même s’il a exposé un peu partout.

Aujourd’hui, je vous parlerai de Glooscap, « œuvre-ville », espace fictif, qu’il a créé il y a une vingtaine d’années. Fictif mais imitatif, et non utopique.
Comme il le déclare lui-même, « mon vrai rêve serait d’être un peintre réaliste ». Alain Bublex est un artiste du paradoxe, un génial explorateur des rapports complexes du réel et de la fiction, un géo trouvetout de l’imaginaire.

Glooscap est d’abord une presqu’île canadienne, à la frontière des USA, le port nord-américain le plus proche de l’Europe. Bublex en pense les plans, fournit des documents historiques, des archives, des photographies, depuis la fondation mythique de la ville jusqu’à ses développements les plus contemporains. L'art, ici, se nourrit de toutes les disciplines, histoire, architecture, urbanisme, géographie...
Ainsi Glooscap existe, pour Bublex, « autant que n’importe quelle ville dans laquelle je ne me suis pas rendu ». Il est un peu comme Pessoa, un chantre des voyages immobiles : « je suis les faubourgs d’une ville qui n’existe pas ». N’importe où hors du monde…

Tout voyage, même s’il repose sur un itinéraire réel, comporte une part essentielle d’imaginaire et de rêverie. Une fois le périple terminé, c’est le livre lui-même, dans son écriture comme par sa lecture, qui constitue son territoire. Bublex pousse cette expérience à ses limites, en faisant « comme si »... un « comme si » qui déplace notre horizon d’attente, bouleverse notre rapport au « vrai », défait nos habitudes et notre regard. Tout, dans cette ville, est référentiel et pourtant rien n’est réel. Bublex, artiste du second degré, interroge l’art dans sa faculté à représenter le réel comme dans sa puissance à nous entraîner dans l’imaginaire.

Glooscap, ville typiquement nord-américaine, est aussi « cohérente et incohérente » qu’une ville réelle. Faisant irrésistiblement penser aux métropoles de la côte Est, elle sera finalement située à Passamaquoddy Bay, au sud du Nouveau Brunswick :
« cette ville américaine sera canadienne ». Déplacement ironique… géographiquement comme historiquement : l’histoire de la ville, son archéologie sont écrites à rebours, à partir de ses données contemporaines (climat, paysages, urbanisme). Le réel explique, paradoxalement, le mythe de la fondation de cete ville : une divinité indienne, Glooscap, aurait transformé une horde de loups en pierres, formant ainsi les îles et la baie de Glooscap. Le réel n’existe que par le discours qui le produit…
L’œuvre de Bublex est sans fin, par essence inachevée : plans, photographies, vidéos, archives s'additionnent… Et dynamique. Le visiteur d’une des expositions de Bublex faisant remarquer à l’artiste que Glooscap n’avait pas de maire, ne l’est-il pas devenu ?

Glooscap, diaboliquement réaliste, sataniquement ironique. Son nom n’est-il pas Glousse-Cap sur certains plans "retrouvés" ?

Alain Bublex est représenté par la sensationnelle galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois, rue de Seine, à Paris

http://www.galerie-vallois.com/fr/artistes/bublex/oe.html

http://www.galerie-vallois.com/fr/artistes/bublex/index.html

 

© Lori - janvier 2008

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