Reine, ma sœur reine, ne vois-tu rien venir ?

Il y a la petite reine. Mais ça n’a rien à voir.


Il y a les reines de jeux de 32 dedans, quand il fait mauvais dehors, mais ce n’est pas le propos.
Il y a les souveraines des échiquiers, qui font rien qu’à mater les rois, et pour les pat, en font voir de toutes les couleurs aux noirs et aux blancs. Mais ce n’est pas le sujet.

 

Non. Je veux en fait vous parler des femmes des Rois. Les épouses, légitimes ou pas. Régnantes ou non. Comme Grace Kelly, qui était la Princesse à Reigner. Un peu comme Kirsten Dunst avec Spiderman.

Tel un Castelot en Espagne, je m’en vais vous raconter les reines de notre beau pays, ou du moins en choisirai-je sept. Pourquoi sept et pas six ? Et bien, tout simplement pour éviter de faire un nouveau jeu de mot éhonté et une fois de plus, qui plus est, facile. Je vous donne un indice, pensez au port d’Alexandrie, avec ces chansons, cette même mélodie… Je ne vais pas oser ?

En fait, non.

Pas aujourd’hui.

Pas envie.

Les Reines sont beaucoup moins connues que les monarques de France. Il faut dire que depuis la loi salique désignant les règles de succession au trône, ces dames ont été évincées du pouvoir, en moins de temps qu’il n’en faut pour enfiler un corset ou se poudrer de haut en bas.

Certaines sources apocryphes relatent ces tractations machistes dans les minutes du De Alodis, et notamment en son article 62, alors que les Valois se bagarraient ferme avec les Plantagenêt, qui descendaient des premiers par les femmes et d’Angleterre par la mer.

Un dialogue liminaire et laconique aurait précédé la mise en œuvre de la loi empêchant de présider (ce qui est un comble pour la royauté) aux destinées de la France, à peu près en ces termes :

« La loi salique ? Go ! ».

Toujours est-il que dès lors, le titre « Reine de France » n'est qu'un titre honorifique, les femmes portant le titre "d'épouse de roi des Francs", "épouse de roi de France" ou "épouse de roi des Français", inaugurant bien avant l’heure, la féminisation de la langue française et les subtiles distinctions modernes qui mettent des 'e' à la fin de tous les mots. De là à dire que c’est pour ça que l’on ne sait plus si on va dîner chez l’Ambassadrice ou Madame l’Ambassadeur, chez Madame Le Président ou chez Cécilia... il n’y a qu’un pas, et je ne le ferai pas. Ou presque pas.

Où en étais-je ?

Ah, oui. Aux donzelles. Aux gentes dames, aux régentes (ces messieurs me comprendront je pense quand on dit que les femmes régentent beaucoup), qui n’avaient pas vocation à trôner. Mais c’est normal, les femmes ont peur déjà, à régner. Comme Grace Kelly ou Kirsten, toujours.

Les premières dames du pays se sont succédées, en veux-tu, en voilà, au fil des siècles. Certaines ont marqué l’Histoire. D’autres sont tombées dans l’oubliette de la mémoire collective, au sens figuré, et au sens propre parfois. Telle Agnès de Méranie, surnommée ‘Loulou’ à cause de la blancheur de sa peau.

Par qui commencer ? Il y en a tellement. Dois-je me contenter des premières premières dames ? Peut-on parler des secondes noces ? Et quid des maîtresses ?

Et Maintenon ? Que faire ?

Le choix est cornélien, voire racinien, à s’en arracher la perruque… Parler de Marie-Antoinette, qui doit sa renommée à une exhibition de sa nuque en pleine Place de la Concorde, et à un film de Sophia Coppola ? Bof. Et puis, il y a encore Kirsten.

Evoquer l’édit de Nantes et la Reine Margot, ou Marie de Médicis ? Isabeau de Bavière ? Anne de Bretagne ? Gabrielle d’Estrée ?

Je pourrais aussi parler des Reines oubliées, mais il y en aurait trop, d’autant plus que je ne les connaissais même pas. Il y a bien sûr les Reines célèbres. Mais que dire de plus qui n’ait déjà été dit ? Et puis, comment parler de ces destins tragiques qu’elles ont souvent connus ? Sans rire.

Théodorade de Troyes (868 - 903). Grande gagnante du concours du prénom à la con à égalité avec son mari, le compte Eudes de Paris. La Théodorade royale avait la peau argentée, légèrement bleutée avec un halo doré du haut de la tête aux joues. Mais, ferme au ventre et l'œil vif. Je crois que j’ai du me tromper dans mes actualisations de pages sur Wiki… A vérifier.

Ingeburge de Danemark. (ou encore Ingeborg ou Isambour et ratatam). Alors que toute la Cour s’accordait sur la grande beauté de la Reine, à la fin de la nuit de noces, le roi manifeste une vive aversion pour sa jeune femme et s'enfuit. On ne saura jamais ce qui s’est passé dans la chambre nuptiale. On peut juste spéculer. Ont-ils rejoué la petite sirène du Danemark ? On ne saura jamais.

Blanche de Castille. Reine de France en 1223, la réputation de Blanche tient en partie au fait qu'elle donne aux Capétiens plus de dix enfants. On ne peut plus donc parler de Blanche, heure virginale. C’est certain. Stipulé par le traité du Goulet (22 mai 1200), le mariage avec le futur Louis VIII avait pour fin principale une réconciliation entre la France et l'Angleterre. Avouez que ça a bien marché. Non ? Non. La fille d'Alphonse VIII de Castille et d'Aliénor d'Angleterre ne fut donc pas la Blanche de salut menant vers la paix avec l’anglais. Loin de là.

Charlotte de Savoie (1440-1483), fille de Louis Ier, duc de Savoie et prince de Piémont et d'Anne de Chypre-Lusignan, elle épouse le dauphin Louis de France, futur Louis XI, le 14 novembre 1451, qui malgré ses vertus la négligea, et pas causant pour deux sous, ne sachant que faire de Savoie, la réduisit au silence. Ce qui est un comble.

Le cas de Madame de Maintenon. (1635-1719), née Françoise d'Aubigné, est ambigu. Epouse secrète du Roy Soleil, sans doute à l'automne 1683, elle fut pendant 32 ans à côté du roi. Petite fille de Théodore, elle dût se contenter du statut et elle s’agrippa, d’Aubigné, à son rang d’épouse morganatique, en affectant une morgue anatomique. Elle eut longtemps une influence sur Louis XIV et les pratiques en Cour. Dévote et stricte, ses contemporains les plus civilisés se plaignaient qu’elle jouissait de l’oreille du Roi, et les moins respectueux, sûrement des jalouses et des jaloux, susurrant qu’elle ne jouissait pas que de par là. Olé.

Marie Leszczyńska. Ah, la Pologne. Ses jumeaux gouvernants, son Pape sous serre, ses plombiers… Dire qu’avant tout ça, ce beau pays d’Europe nous donna une reine. Et quelle reine ! On peut trouver des anecdotes rigolotes sur la Marie. Par exemple : en 1738, elle introduit à Versailles le sapin de Noël. Trente ans plus tard, 1768, elle décède à Versailles, un 24 juin, ce qui n’a donc aucun rapport. Et puis, il faut dire que son père fut réputé pour avoir été Roi intérimaire de Pologne de 1704 à 1709 et de 1733 à 1736 sous le nom de Stanislas Ier. Sa fille le sauva de l’anonymat en se mariant en France, inaugurant la mode des agences matrimoniales inter-états, et faisant notamment leurs courses dans les pays de l’est.
L'annonce du mariage ne fut donc pas très bien accueillie à
la Cour, où l'on se récria sur ses origines. Légendes et anecdotes fusèrent, et Marie subit de plein fouet cette descente contre la famille Leszczyński parabolique.

Marie-Antoinette d'Autriche. On peut dire aujourd’hui sans trop se tromper que Marie-Antoinette fut la dernière Reine de la monarchie absolue en France. Et en s’avançant un peu, on peut dire qu’elle n’avait pas tellement la tête sur les épaules, déjà, bien avant sa mort… Enfin, je dis ça, mais je n’ai pas vu le film de Sofia Coppola en entier. Toinette restera pour tous et l’imaginaire partisan, à jamais ‘L’Autrichienne’, qui se fait escroquer comme la première touriste venue à cause d’un collier désormais célèbre et dont elle ne savait rien, vu que ce jour là, elle était aux Tuileries et que la visite Place Vendôme était prévue pour le lendemain. Enfin bon. Le jour de sa mort, elle marcha sur le pied du bourreau et s’excusa, celui-ci, pas très poli et sûrement rancunier, la guillotina quand même. Les bonnes manières à cette époque, ça ne voulait pas dire grand-chose a priori.

Voilà, c’est fini. Et comme c'était il y a peu la fin de l'année, faites plaisir, pensez aux sept reines !

© Domi

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