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Et si c'était pas vrai ?

Ce matin, il s'est passé un truc bizarre.

 

Alors que je cherchais un pantalon au fond de mon armoire, j'ai entendu une voix ténue, douce, mais en même temps affolée. Une sorte de plainte contenue. Ma première réaction fut de me demander si la radio du voisin n'était pas encore en train de diffuser le prêche du jour de Radio Notre Dame. Il faut dire qu'il a sombré dans le religieux depuis que sa femme l'a quitté. L'épouse de mon infortuné voisin de palier est partie sans ménagement avec un déménageur, un triste jour de février, je crois que c'était en mars.
Depuis, il se raccroche à son crucifix en bois de Lourdes, plus bigot qu'un sacristain sans voix -un bigot aphone donc-, et aux hosties comme Tarzan aux lianes, persuadé que ça va l'empêcher de se casser la gueule. Il écoute donc la radio des cathos qui parlent tôt aux cathos, et boit les paroles des chroniqueurs en soutanes comme du vin de messe, c'est à dire sans retenue et bien après les vêpres. Ca commence à se voir d'ailleurs, sa couperose contenant le sang de la vigne du Seigneur à n'en pas douter. Amen.

 

Mais non. Il ne s'agit pas de cela. Mon voisin est encore endormi du sommeil des justes, et cuve raisonnablement ses prières liquides et nocturnes sur le sofa conjugal.

 

Je pense alors à un quelconque bruit de la rue. En ce matin de juillet, la vie s'ébroue doucement derrière mes doubles vitrages -refusant la demande du voisin, la co-propriété n'a finalement pas fait installer de doubles vitraux-. Je me réveille souvent au rythme des klaxons longs des embouteillés impatients au coin de ma rue, guettant l'heure du ballet des éboueurs besognant ramassant les ordures éparses du quartier, avec le bruit pétaradant des scooters faméliques au son de moustiques en rut en toile de fond. Je sors la tête de ma penderie, tendant l'oreille, essayant de distinguer la litanie entendue il y a quelques secondes...

Rien.

Un sentiment confus mêlé d'angoisse et d'hypocondrie latente s'insinue en moi. Je pense déjà à la schizophrénie ou à un trouble bipolaire. Qui sait ? Peut-être suis-je déjà en déliquescence avant l'heure. Et si c'était vrai ? Si nous devions nous avachir plus vite à partir d'un certain âge ? Cela voudrait dire que du statut de marathonien de la vie, souhaitant courir le plus longtemps et le plus loin possible, nous deviendrions de vrais sprinters sur la fin, pour mieux franchir la ligne d'arrivée en pleine bourre et en grandes pompes. Funèbres.

Commentaire (1)

1. lagaffus Le 08/03/2008 à 11:02

Il n'y a en effet rien de pire que les voix intérieures car on ne sait pas d'où elles viennent...
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Dernière mise à jour de cette rubrique le 11/03/2008
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